
Le terme désigne l’utilisation d’outils d’IA par des agents sans cadre officiel, sans stratégie validée et souvent sans gouvernance claire. Dans les collectivités territoriales, cette situation est plus fréquente qu’on ne l’imagine.
Dans l’épisode 72 d’AI Experience consacré à l’IA dans les mairies, Ludovic Diligeart explique que cette adoption informelle est déjà massive :
« On parle de shadow AI lorsque des agents utilisent l’IA sans réel contrôle de la mairie. D’après nos audits, entre 66 % et 75 % des agents de bureau s’en servent déjà. »
Ce constat change profondément la manière de penser la gouvernance de l’IA dans le secteur public. L’enjeu n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle sera utilisée dans les administrations, mais comment encadrer un usage qui existe déjà.
Pourquoi l’IA s’invite déjà dans les mairies
Les mairies font face à une augmentation constante du volume de demandes citoyennes : signalements, démarches administratives, courriers, courriels ou demandes d’information. Dans ce contexte, l’IA dans les mairies apparaît comme un levier d’efficacité.
Les agents territoriaux doivent traiter rapidement des demandes parfois répétitives :
- signalements de voirie
- demandes liées à l’état civil
- questions sur les règlements municipaux
- suivi de dossiers administratifs
Ces tâches administratives expliquent pourquoi l’intelligence artificielle dans les collectivités territoriales suscite un intérêt croissant.
L’IA service public promet en effet plusieurs gains immédiats :
- tri automatique des demandes
- analyse de documents
- génération de réponses administratives
- synthèse de dossiers
Mais dans de nombreuses collectivités locales, ces usages commencent souvent de manière informelle.
Des outils d’IA accessibles en quelques clics
La diffusion rapide des IA génératives a radicalement changé la donne. En quelques secondes, un agent peut utiliser une IA pour :
- analyser un document juridique
- résumer un courrier
- rédiger une réponse administrative
- synthétiser un règlement municipal
Ces usages expliquent la progression du shadow AI dans les collectivités territoriales.
Selon une étude du Boston Consulting Group (2023), plus de 70 % des employés dans le monde utilisent déjà des outils d’IA générative au travail, souvent sans cadre officiel.
Cette tendance se retrouve naturellement dans le secteur public.
Les agents territoriaux ne sont pas moins exposés que les salariés du privé à ces outils. La différence est ailleurs : les données manipulées dans les administrations sont souvent beaucoup plus sensibles.
C’est pourquoi l’usage de l’IA dans les administrations soulève des enjeux spécifiques.
Quand les agents expérimentent l’IA sans stratégie officielle
Dans la pratique, le shadow AI se développe de manière pragmatique. Un agent reçoit une demande complexe. Il copie le texte dans un outil d’IA. Il obtient une synthèse ou une réponse structurée. L’efficacité immédiate encourage la répétition de l’usage. Dans les collectivités locales, cette adoption progressive transforme déjà les pratiques professionnelles.
L’IA agents territoriaux devient un outil d’appoint pour :
- comprendre un règlement
- rédiger une réponse administrative
- analyser un document technique
Le problème n’est donc pas l’usage lui-même, mais l’absence de gouvernance de l’IA dans le secteur public.
Le shadow AI : un phénomène déjà massif dans les collectivités
Dans beaucoup de collectivités territoriales, le shadow AI reste invisible pour les directions. Les agents utilisent l’IA individuellement :
- pour gagner du temps
- pour vérifier une information
- pour améliorer la rédaction administrative
Ces usages discrets expliquent pourquoi la transformation numérique des collectivités se fait parfois par le terrain plutôt que par la stratégie.
Les directions découvrent souvent l’ampleur du phénomène lors d’audits ou de diagnostics.
Dans l’épisode 72 d’AI Experience, Ludovic Diligeart souligne que la situation est déjà bien avancée.
« Quand on se rend compte qu’un phénomène touche plus de la moitié des agents, la question n’est plus l’adoption. La question devient la protection des données. »
Cette phrase résume parfaitement l’enjeu du shadow AI dans les mairies.
Répondre plus vite aux demandes des citoyens
Le succès du shadow AI repose sur une réalité simple : l’IA fonctionne bien pour certaines tâches administratives. Dans l’IA service public, les gains les plus visibles concernent :
- la rédaction de réponses aux usagers
- l’analyse de courriers
- la synthèse de dossiers
- le tri des demandes
Dans les collectivités locales, ces tâches représentent une part importante du travail administratif. L’IA collectivités locales devient alors un accélérateur opérationnel. Un agent peut :
- obtenir une réponse structurée
- comprendre un règlement complexe
- générer un brouillon de réponse administrative
Ces gains expliquent pourquoi l’usage de l’IA dans les administrations progresse même sans stratégie formelle.
Les risques du shadow AI dans le service public
Le principal risque du shadow AI concerne les données. Les mairies manipulent des informations sensibles : état civil, urbanisme, situation familiale, données sociales, etc.
Dans l’épisode d’AI Experience, Ludovic Diligeart insiste sur ce point.
« L’IA est une boîte noire. On ne sait pas toujours comment elle traite les données. Or, dans une mairie, il s’agit des données des citoyens. »
Cette remarque souligne l’importance de la souveraineté des données publiques. Lorsque des agents utilisent une IA externe, les données peuvent être stockées, analysées, et réutilisées pour entraîner des modèles. Pour les collectivités territoriales, ces risques ne peuvent pas être ignorés.
Dans ce contexte, la transformation numérique des collectivités ne peut pas reposer uniquement sur des outils externes. Les collectivités locales doivent s’interroger sur : l’hébergement des données, le contrôle des modèles, et les accès aux informations
L’IA collectivités locales ne peut être déployée sans stratégie claire.
Une gouvernance technologique encore inexistante dans de nombreuses mairies
Le shadow AI révèle un décalage entre les usages réels et les politiques publiques. Dans beaucoup de collectivités territoriales, il n’existe pas encore de cadre précis pour l’usage de l’IA dans les administrations. Les directions informatiques doivent donc rattraper une situation déjà en mouvement. La gouvernance de l’IA dans le secteur public devient un enjeu stratégique.
Elle implique :
- des règles d’utilisation
- des solutions validées
- des formations pour les agents
Sans cette gouvernance, le shadow AI continuera de progresser.
Encadrer l’IA plutôt que l’interdire
Interdire l’IA serait illusoire. La priorité consiste à transformer le shadow AI en IA service public maîtrisée. Cela suppose de construire une stratégie claire pour les collectivités locales : identifier les cas d’usage, définir les outils autorisés, et sécuriser les données. La transformation numérique des collectivités doit intégrer l’intelligence artificielle dans une vision globale.
L’IA pour les agents territoriaux ne doit pas être perçue comme une menace. Au contraire, elle peut devenir un outil d’amélioration du service public. Mais pour cela, les collectivités territoriales doivent former leurs agents sur la compréhension des modèles, les limites de l’IA, et la gestion des données.
La gouvernance de l’IA dans le secteur public passe nécessairement par cette montée en compétence.
L’intelligence artificielle ne peut pas remplacer la décision politique. Dans l’épisode d’AI Experience avec Ludovic Diligeart, cette limite est clairement posée : l’IA peut assister, analyser, proposer… mais la décision doit rester humaine. C’est précisément ce que rappelle la réflexion sur la gouvernance de l’IA dans le secteur public. L’intelligence artificielle peut améliorer l’action publique, mais elle ne doit jamais remplacer la responsabilité démocratique.











